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I.
Situation
Vervoz
fut créé au croisement de la "route de la Famenne" et de la
chaussée Arlon-Tongres, au coeur d'une région fertile, le Condroz, non
loin des cours d'eau navigables de la Meuse et de l'Ourthe.
Agriculture
et élevage, exploitation de la forêt et des carrières permirent le développement
du pays condruse pendant les trois premiers siècles de notre ère. En témoignent
les restes de nombreuses exploitations agricoles découvertes dans la région
(à Bonsin, Modave, Grandhan, Bois-et-Borsu, Ocquier, Soheit- Tinlot. .
. ) ainsi que plusieurs vici établis le long de l' Arlon-
Tongres et qui présentent des plans assez complets: Amay, Braives et,
bien sûr, Vervoz.
Il.
Origine du VICUS de Clavier-Vervoz
Il
semble que le site fut occupé dans un premier temps par un relais
installé le long de la chaussée. C'était un bâtiment rectangulaire,
en bois et en torchis, long d'une trentaine de mètres. Cette construction
fut, plus tard, complétée de plusieurs annexes, d'un hypocauste
(Fourneau
souterrain pour chauffer les salles de bains ou les chambres. Chambre
voûtée qui renfermait le fourneau)
et
d'une cave, avant d'être définitivement abandonnée suite aux
invasions de la seconde moitié du lIIème siècle. La découverte sur
le site d'une quarantaine de monnaies antérieures à cette époque
attestent son abandon ("le trésor de Clavier ll");
III.
Développement du vicus
Dans
la seconde moitié du 1er siècle, les habitants de Vervoz vont profiter
de la paix qui règne dans la région pour faire de leur vicus une
bourgade animée et attrayante, procurant aux voyageurs de nombreuses
possibilités d'y séjourner. Au centre, une quarantaine d'habitations
privées, maisons d'artisans et de commerçants, longent la chaussée.
Le Cercle Archéologique Hesbaye-Condroz, en collaboration avec le
Service National des Fouilles, y mena plusieurs campagnes de fouilles
entre 1960 et 1971. Ces bâtiments n'existèrent vraisemblablement pas
tous au même moment. Ils sont
agencés selon des plans assez variés. Côté chaussée, ils présentent
une façade étroite (8 à 15 m. de largeur), parfois précédée par
une galerie et des colonnes de bois. Ces maisons s'étendaient en
profondeur sur 20 à 30 m. La plupart étaient dotées d'une cave.
Parmi
ces bâtiments, on trouve les traces d'une taverne.
Les fouilles de cette construction en pierre calcaire du lIème siècle
permirent de découvrir les traces d'un bâtiment antérieur, daté du
1er siècle, en bois et torchis. Les nombreux goulots
de cruches et les déchets d'ossements d'animaux trouvés à cet
emplacement laissèrent supposer aux fouilleurs qu'ils étaient en présence
d'une taverne.
L'aménagement
à Vervoz de plusieurs édifices publics (thermes, curie, marché
couvert et temple) est une preuve notoire de l'importance du vicus qui,
de simple relais routier au départ, devint une bourgade artisanale, un
centre de marché et un lieu de culte. On y trouve les traces de thermes.
Ces bains publics furent installés en plusieurs phases à partir de la
première moitié du Ilème siècle. Les murs du frigidarium, salle
des bains froids, étaient ornés de fresques polychromes représentant
des arabesques et des plantes aquatiques.
Un
autre bâtiment important fut construit au
centre du vicus, dans
la seconde moitié du Ile siècle, à
l' emplacement d'une construction antérieure du début du Ile siècle.
L'aire centrale de ce grand édifice était chauffée par hypocauste. Sa
forme basilicale et sa grande porte d'entrée, large de 3 mètres,
s'ouvrant sur la chaussée, fait penser à un bâtiment à usage public,
sans doute une curie (bâtiment à fonctions
administratives).
En
face de la taverne s'élevait un vaste bâtiment (30x17 m.) interprété
comme étant un marché couvert. On y découvrit
une oenochoé (Cruche
pour le vin, à panse plus ou moins gonflée, ayant souvent une
embouchure trilobée et une anse verticale qui dépasse légèrement)
en bronze contenant 1680 pièces d'argent. Ce trésor (le"trésor
de Clavier III ") avait été enfoui peu après 254 au pied d'un
pilier. Il fournit, avec le "trésor de Clavier II'' cité
ci-dessus, des dates importantes dans I'histoire du vicus de
Vervoz. Après une longue période de prospérité, l'agglomération
subit des destructions dans les ,années 250-275, suite aux invasions
franques qui mettent un terme à la paix romaine. Le vicus est
alors totalement déserté.
Seule
la zone sacrée sera réutilisée au Bas-Empire : les deux temples,
incendiés vers la fin du 1er siècle, furent reconstruits dans le
dernier quart du lIIème siècle et occupés jusqu'au début du Vème siècle.
Les
fouilles de 1970 mirent au jour, à l'emplacement de la galerie sud des
bains publics, quatre petites fosses contenant les corps de quatre
enfants nouveaux-nés. Ces squelettes sont datés de la seconde moitié
du 1er siècle et de la première moitié du lIème siècle. La non
incinération peut surprendre, mais il semble qu'elle était d'usage
pour l'enfouissement d'enfants morts avant l'âge de quatre
ans. Pline l'Ancien rapporte qu ‘il n'est pas de coutume
que les hommes incinèrent leurs semblables avant la poussée des dents
" (Histoire Naturelle, VII, 15). Les enfants morts nés et
les bébés morts en bas âge étaient ensevelis dans de simples fosses,
sans dépôt, en-dehors des cimetières à incinération, à n'importe
quel endroit du vicus. Ces morts précoces ont pu être considérées
comme des événements insolites et anormaux, ce qui pourrait expliquer
une telle coutume. L'agglomération gallo-romaine d' Amay a, elle aussi,
livré quatre exemplaires d'inhumations de bébés. Il ne s'agit sans
doute pas de cas exceptionnels mais, en général, l'extrême fragilité
des squelettes n'a certainement pas favorisé leur conservation.
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IV
. Les deux temples
A
60 m. de la chaussée, à l'est du vicus, deux temples en bois
avaient été construits sans doute au milieu du 1er siècle. Leur
plan, issu de la tradition celtique, était simple: une cella rectangulaire
et un déambulatoire pour le temple A (dim. : 14 m. x 13,40 m.). Une cella
unique, plus ou moins trapézoïdale pour le temple B (dim. : 6,80
m. à 7 m. x 8,90 m.). Tous deux avaient la même orientation :
N.O.-S.E., l'entrée étant au S.E.
Détruits
par un incendie à la fin du 1er siècle ou au début du suivant, ils
furent reconstruits en matériaux
durs sur leur emplacement primitif, après les troubles de 250-270. Pour
le temple A, il s'agit d'une construction sur podium avec un escalier
d'accès de sept marches. La cella rectangulaire est de dimension
Identique à la précédente. Le déambulatoire est un peu plus large
(dim. de l'ensemble: 15,60 m. x 14,95 m.). Le temple B conserve le plan,
les dimensions et l'orientation de celui qu'il remplace.
A
la même époque, les deux temples furent délimités par un mur
d'enceinte d'environ 100 m. de diamètre. Ce mur était longé, au sud,
par une galerie couverte et un portique qui permettaient l'accès à la
zone sacrée. Deux portes larges de 2,90 m. donnaient chacune sur un des
deux temples. On pouvait accéder aussi, par une troisième porte, à un
bâtiment non identifié. De nombreux fragments d'enduits muraux ont été
trouvés à cet endroit.
Le
matériel archéologique retrouvé dans cette aire sacrée est composé
principalement de tessons de céramique, de monnaies et de fragments
architecturaux.
Aucun
élément n'indique à quelle(s) divinité(s) ces temples étaient
consacrés.
V
. Une nécropole rurale d'exception
L
'ensemble funéraire de Clavier- Vervoz, daté entre 60
et 85, a livré des objets rares et luxueux qui témoignent
d'une culture cosmopolite et d'une romanisation profonde. Nous sommes
en présence d'une nécropole familiale composée de six tombes à
incinération avec, au centre, un monument funéraire. Cette petite nécropole
fut celle d'une riche famille et la qualité du mobilier recueilli
rappelle les somptueux dépôts des tumuli de la Hesbaye.
A.
Le monument funéraire
Un
monument funéraire entouré de six tombes à incinération s'élevait
à environ 200 mètres de la voie romaine, au sud-ouest du relais. Le
mausolée devait être composé d'un socle, destiné à recevoir des
inscriptions funéraires comme semble l' attester les quelques fragments
inscrits. Sa base, encore en place au début du siècle, mesurait 5,20
m. x 3,80 m.
Grâce
à ces fondations et aux restes architecturaux découverts sur le site,
on peut se faire une idée du type de monument et de sa destination.
De toute évidence, nous sommes en présence d'un monument funéraire
unique en son genre dans notre pays. M.-CI. Gueury et M. Vanderhoeven
proposent de les comparer aux piliers funéraires des Trévires et, par
exemple, au monument de Poblicius de Cologne. Le socle devait supporter
un édicule orné de deux colonnes canneléessur
lesquelles était représentée, en relief, l'effigie du dieu phrygien
Attis. L'édicule était surmonté d'un sphinx en ronde-bosse. Des
fragments de draperie correspondent à des statues grandeur nature, en
relief ou en ronde-bosse. Sans doute l'édicule abritait-il les statues
du couple défunt.
Note
sur le culte d' Attis
Les
représentations du Sphinx et d'Attis font du monument funéraire un édifice
de tradition hellénistique.
Issu
d'une légende d'inspiration orientale, le sphinx est un monstre ailé
à corps de lion et buste et tête de femme.
Quant
au culte d' Attis, il fait partie des cultes à mystères d'origine
orientale qui se propagèrent à Rome et dans ses provinces. Ce culte
est né en Asie Mineure. Attis était un jeune berger phrygien. La
Grande Mère, Cybèle, en fit son amant mais il tomba amoureux d'une
nymphe que Cybèle, jalouse, tua. Le pâtre s'émascula et mourut à
l'ombre d'un pin. La Grande Déesse le ressuscita et lui fit don de la
vie éternelle. Attis, mort et ressuscité, et dont l'emblème est le
pin, arbre toujours vert, personnifie la vie renouvelée et la
fructification. On le trouve aux côtés de Cybèle, déesse-mère
protectrice, qui conserve pour emblème le lion. Attis est représenté
sur de nombreux monuments funéraires. A Vervoz, bien que le relief soit
fort abîmé, il est reconnaissable grâce au bonnet phrygien qu'il
porte sur la tête. Il porte un manteau plissé qui repose sur ses épaules
et couvre une tunique à longues manches. Il semble se recueillir, le
menton appuyé sur la main gauche.
Le
double culte d'Attis et de Cybèle est attesté à Rome dès 204 av. J
.-C. Il est officialisé sous l'empereur Claude, au milieu du 1er siècle
de notre ère. Tout comme d'autres cultes à mystères d'origine
orientale (Isis, Mithra. . . ), il remporte un vif succès dans l'Empire
romain car ses adeptes y trouvent des éléments inconnus dans les
religions traditionnelles. Notamment, une relation personnelle existe
entre l'adepte et le dieu. L'initié revit d'une manière symbolique les
épreuves que le dieu a subies, en particulier sa mort et sa résurrection.
L'initié s'identifie à Attis et il reçoit la promesse du salut et de
la vie éternelle.
B.
Les tombes
Les
six sépultures, tout comme le monument qu'elles entourent, ont fait
l'objet de fouilles anciennes, à la fin du XIXème et au début du XXe
siècle. On ignore si la nécropole était entourée d'une enceinte et
si les tombes étaient recouvertes de tertres de petites dimensions.
Plusieurs d'entre elles avaient été pillées. Néanmoins, les
fouilleurs recueillirent dans trois des six tombes un mobilier funéraire
d'une qualité exceptionnelle que l'on peut aujourd'hui admirer au Musée
Curtius de Liège et aux Musées Royaux d' Art et d'Histoire de
Bruxelles.
Parmi
la vaisselle de luxe, notons quelques ensembles de verres: deux
canthares ornées de guirlandes en pâte de verre opaque, accompagnées
d'une paire de coupes côtelées et d'une paire de bouteilles (tombe 4);
un service de douze pièces composé d'une série de quatre assiettes et
de deux séries de quatre bols, le tout de même fabrication (tombe 1).
La
tombe 2 se distinguait par ses services en terre sigillée provenant du
sud de la Gaule.
La
vaisselle en bronze, de type italique, comporte deux oenochoés, une patère,
un poêlon de bain et deux amphores.
Une
étude approfondie de ce mobilier a été réalisée par M.-Cl. Gueury
et M. Tanderhoeven. Il en ressort notamment que ces témoins archéologiques
datent tous de l'époque flavienne (60-80 ap. J.C. ), hormis quelques
pièces antérieures que l'on peut qualifier de "souvenirs de
famille". Le mobilier de ce "petit" cimetière de famille
est donc tout à fait original. Il se ne trouve pas de semblable dans la
Belgique romaine avant le Ilème siècle de notre ère, lorsque s'élèvent,
particulièrernent en Hesbaye, les riches tumuli. Tant au niveau de sa
richesse qu'au niveau de sa composition et de la disposition de certains
ensembles de pièces, ce mobilier fait penser aux dépôts recueillis
dans les sépultures sous tumulus.
La
nécropole de Vervoz abritait donc les membres d'une famille aisée et,
de toute évidence, profondément romanisée. Le monument, de tradition
hellénistique, et le mobilier, composé principalement l'objets de luxe
provenant de régions diverses, en témoignent. Sans doute le chef de
famille fut-il un voyageur. Peutêtre un riche commerçant, un gros
propriétaire terrien ou encore un militaire de haut rang qui traversa
l'Empire avant de s'installer sur un important fundus à
Vervoz.
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